Faudra-t-il taxer les robots pour préserver la Sécurité sociale ?

Le printemps est de retour et avec lui peut-être un peu plus d’optimisme. Le printemps est là et le gouvernement a enfin finalisé son contrôle budgétaire. Un peu d’optimisme ? Dans la rubrique «dépenses», il y a un effort pour la Police et la Justice, à hauteur de 15 millions d’euros pour chacune. Toujours dans cette rubrique, il y a une autre prévision de dépenses de 15 millions, pour réaliser l’accord intersectoriel 2017-2018. Toutefois, il nous faut réfréner notre enthousiasme : la ligne budgétaire se référant à ces 15 millions indique Comité A (donc intersectoriel), ce qui implique aussi le secteur non-marchand. 

Qui a fait entendre sa voix pour demander un refinancement en profondeur. L’arbitrage sera difficile à équilibrer vu l’importance et surtout l’urgence à réaliser les deux.

Le printemps est là et où en est la réflexion sur un autre mode de financement de la sécurité sociale et de nos pensions ?

C’est également le moment de se poser les vraies questions et de réfléchir à la société que nous voulons pour demain.
A juste titre, le Gouvernement a constaté que le vieillissement de notre société va impacter directement les dépenses relatives à l’assurance-maladie et aux pensions.
Jusqu’à présent, la seule réponse apportée a été de réaliser des économies, au risque de tout détricoter.

Le printemps est là et nous, au SLFP, voulons une société plus juste et plus humaine.

Il est vrai qu’actuellement la principale source de financement est la taxation du travail ou plus précisément des travailleurs. Le Forum économique mondial de Davos de janvier 2016 avait épinglé le risque de pertes d’emplois liées à la robotisation croissante, et plus particulièrement à l’émergence de l’intelligence artificielle (IA) et de l’automatisation. Qui auront un impact négatif sur les marchés de l’emploi. Ce sont essentiellement chez les cols blancs (travail de bureau) et les femmes que se feront sentir ces pertes. Ces dernières seront certes compensées par des créations d’emplois dans des domaines spécialisés, tels que l’informatique, les mathématiques et l’ingénierie. Diverses filières pour lesquelles il y a actuellement une pénurie par le fait même que nos étudiants ne se bousculent pas pour y accéder.

Alors que faire ? Continuer comme si de rien n’était ? Certainement pas !

Il convient de réfléchir à une autre source de financement pour compenser ces pertes. Ce devrait être une priorité pour nos décideurs. Gouverner c’est prévoir !
Une source d’inspiration peut se trouver dans ce que dit Bill Gates dans un entretien accordé au site Internet, Quartz.

En substance, il estime que les robots utilisés par l’industrie devraient être taxés, permettant ainsi de compenser le manque à gagner généré par la disparition des impôts et cotisations sociales payés par les employés qu’ils remplacent. L’argent issu de cette taxe devrait être utilisé afin d’améliorer certains domaines où la machine ne peut remplacer l’humain. En particulier, les emplois sociaux, l’éducation et notre sécurité sociale au sens large. Cette taxe ne devrait pas être prohibitive, sinon elle limiterait l’innovation et l’investissement. Mais laisser la robotisation prendre le dessus sans la contrôler et la faire participer à l’effort commun serait néfaste pour la société.

Nous revendiquons une société dont le centre est l’homme. Plus que jamais, la Fonction publique a un rôle à jouer au sein de notre société, en garantissant un service efficace à la population. N’oublions pas que, bien souvent, les femmes et hommes qui travaillent dans les services publics jouent un rôle social très apprécié. C’est ainsi par exemple que des personnes isolées n’ont de contact avec les autres que grâce au passage du facteur.

Pour garantir ces services au public, il faut investir. Que ce soit en moyens budgétaires ou en formations. Nous voulons des services publics performants et au service de tous et non des administrations moribondes. Il est temps d’agir !   

François Fernandez-Corrales
Président général