Avec l’accord de gouvernement, le bonus de pension introduit par le gouvernement Vivaldi pour encourager le travail plus long est déjà abandonné.
L’actuel bonus de pension est remplacé par un nouveau système dans lequel le montant de la pension est majoré d’un bonus de 2 % (jusqu’en 2030), 4 % (jusqu’en 2040), puis 5 % (à partir de 2040) par année travaillée après l’âge légal de la pension. Cela ne s’applique que si le pensionné remplit les conditions suivantes : une carrière de 35 années comprenant 156 jours de prestations effectives par an, soit un total de 7020 jours effectivement travaillés.
Ce bonus n’est donc applicable qu’à partir de l’âge légal de la retraite : actuellement 66 ans, porté à 67 ans à partir de 2023. En pratique, ce nouveau bonus de pension ne sera accessible qu’à une élite – des personnes qui, au cours de leur carrière, n’ont jamais exercé de travail physique lourd, éprouvant mentalement ou de travail de nuit.
Soyons honnêtes : quel employeur souhaite engager une personne jusqu’à 70 ans juste pour qu’elle bénéficie d’un bonus ? Dans les métiers de sécurité (police, pompiers, armée…), on préfère voir les travailleurs âgés partir, et les remplacer par des forces plus jeunes et moins coûteuses. Peut-on réellement imaginer des éboueurs de 68 ans jeter des sacs-poubelles toute la journée dans un camion ? Ou du personnel soignant de 69 ans encore en train de s’occuper de patients ?
Dans certains secteurs, certaines personnes souhaitent effectivement continuer à travailler après l’âge légal de la retraite. Pensons, par exemple, aux professeurs qui poursuivent leur activité au-delà de cet âge, ou aux employés occupant des fonctions administratives de direction. Mais là encore, tout dépend de la bonne volonté de l’employeur, qui doit donner son autorisation – souvent chaque année – pour qu’ils puissent continuer à travailler.
N’est-il pas préférable d’offrir une pension décente à l’âge légal de départ, plutôt que de proposer des primes qui, au final, ne sont accessibles qu’à quelques privilégiés ?
Le travail doit rester faisable jusqu’au bout
Dans une société vieillissante, nous devrions miser sur des parcours professionnels humains et sur la durabilité de l’emploi. Il ne faut pas que tout le monde travaille jusqu’à 67 ans ou plus – mais ceux qui le souhaitent et le peuvent doivent être soutenus. Et ceux qui ne le peuvent plus méritent une pension digne.
En 2015, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Jan Jambon, a émis un Arrêté Royal sur le « travail faisable » au sein de la police intégrée. Il s’agissait d’un régime de fin de carrière permettant d’obtenir un poste adapté chez un employeur policier, dans une logique de gestion des carrières tenant compte de l’âge. Mais ce régime s’est rapidement révélé une coquille vide, car toutes les fonctions administratives étaient déjà occupées par du personnel civil. Les rares postes disponibles se situaient généralement à Bruxelles. Mais quel policier de plus de 58 ans, originaire de Flandre occidentale, veut faire la navette chaque jour jusqu’à Bruxelles pour y trier des archives ?
Des bonus comme symbole politique
Le nouveau bonus de pension est surtout utile pour la communication politique. Il semble ambitieux, mais en pratique, il s’agit une fois de plus d’un exemple de politique symbolique : une mesure qui ne fonctionne que pour une petite élite, mais qui donne l’illusion d’un élan réformateur.
Pendant ce temps, les vrais problèmes structurels – les pensions trop basses, les métiers pénibles, la charge de travail à un âge avancé – ne sont toujours pas abordés.
Patrick ROIJENS
Président général