Des sapeurs-pompiers qui encaissent des projectiles pendant leur travail, des jeunes qui subtilisent une ambulance, des agents de police qui reçoivent des coups ou sont assaillis par des feux d'artifice, un enseignant qui reçoit un coup de poing en classe... . Ces derniers temps, la violence est malheureusement de plus en plus présente dans notre société. Il ne s'agit en l’occurrence pas seulement de la criminalité de rue, mais aussi de la violence à l'encontre du personnel de l'administration et des services d'urgence. Les policiers, les pompiers et le personnel paramédical sont de plus en plus souvent la cible de violences physiques et verbales dans le cadre de leur travail, alors que ce sont justement eux qui assurent notre sécurité. Les enseignants et le personnel soignant sont également plus souvent victimes de menaces et de violences physiques.
C'est le rôle d'un syndicat de faire remonter à la surface cette violence inacceptable, de la dénoncer et de rappeler aux politiciens leur responsabilité dans la recherche de solutions et dans la sévérité à l'égard des auteurs de ces violences. Dans les prochains numéros d'Argument, nous explorerons dès lors tous ces aspects de cette question importante pour le SLFP, avec de nombreux témoignages.
Au cours des dernières années, le nombre de procès-verbaux pour violence contre des fonctionnaires a augmenté de 19 %. D’après les chiffres que le SLFP a obtenus auprès de la police, le nombre de faits de coups et blessures à l’encontre, entre autres, du personnel de police, des professions médicales, des transports publics et d’autres services publics est passé de 1.414 en 2020 à 1.688 en 2024.
Ces chiffres ne reprennent que le nombre de faits enregistrés de coups et blessures volontaires à l’encontre de personnes exerçant une fonction publique, entraînant une incapacité de travail, et pour lesquels un procès-verbal a été rédigé. En réalité, ce nombre est beaucoup plus élevé, car tout le monde ne dépose pas plainte et l’enregistrement pourrait être amélioré.
Le SLFP et la CGSLB lancent ensemble la campagne 'Stop aux violences' et plaident pour la prévention, la protection et la prise en charge des victimes. Et pour une approche dans laquelle employeurs, pouvoirs publics et société assument ensemble leurs responsabilités.

Effacement des normes
L'escalade de la violence peut être considérée comme un effacement des normes dans la société. Le respect de l'autorité, d’autrui et des prestataires des services publics semble disparaître peu à peu. On assiste à l'émergence d'une culture où l'agressivité est plus susceptible de prévaloir, où les conflits ne sont plus résolus par des mots, mais où les poings ou les jurons l'emportent. Et dans la plupart des cas, on s'empresse de saisir le smartphone pour tout filmer et partager cela sur les médias sociaux. Cela révèle un problème fondamental : le déclin de la cohésion sociale et l'absence de limites claires dans la manière dont nous nous traitons les uns les autres. Stijn Huffschmitt, sapeur-pompier : « Nous sommes presque devenus insensibles à cette violence. »

Pourquoi la violence augmente-t-elle ?
L’augmentation de l’agressivité n’est pas le fruit du hasard. Plusieurs tendances sociétales se renforcent mutuellement. On parle des cinq « i » :
Intensification : la pression dans la société augmente, du trafic routier jusqu’au lieu de travail. Les gens sont plus stressés.
Informatisation : derrière un écran, notamment sur les réseaux sociaux, les personnes osent aller plus loin que dans un contact en face à face. Cette violence peut également avoir un impact réel et profond.
Informalisation : le respect pour les fonctions et les uniformes a diminué. Ce qui inspirait autrefois de l’autorité peut aujourd’hui devenir un déclencheur d’agressivité.
Intoxication : les rapports de police montrent une augmentation de la consommation d’alcool et de drogues lors des incidents.
Individualisation : le sentiment de communauté s’estompe. Les individus se concentrent davantage sur leurs propres besoins et tiennent moins compte de ceux des autres.
À cela s’ajoute un sixième « i » : l’information. Heureusement, les faits sont davantage signalés. La violence sort progressivement de la sphère du tabou, ce qui est essentiel pour une approche adéquate.
Le SLFP plaide pour les mesures suivantes
L’accord de gouvernement 2025-2029 est clair : « Les membres du personnel des services publics méritent du respect. Aucun acte de violence ou de menace à l’encontre de personnes exerçant une fonction sociétale, comme par exemple : pompier, policier, enseignant, ambulancier, … ne peut rester sans conséquence. » Le SLFP souhaite volontiers collaborer à cet objectif.
Nous exigeons des mesures concrètes visant à renforcer la sécurité et le respect pour les personnes qui s’engagent chaque jour au service des citoyens de ce pays. Le SLFP tend la main et souhaite s’asseoir à la table pour fixer des mesures concrètes.
Un plan Les chiffres sont par ailleurs clairs : la violence est en hausse. Le SLFP exige un plan bien réfléchi :
- La prévention :
- Identifier les risques : les employeurs doivent lister systématiquement les formes d’agression et reconnaître les schémas récurrents ;
- Adapter l’infrastructure : salles d’attente sécurisées, systèmes d’alarme, issues de secours et dispositifs de protection lorsque nécessaire ;
- Optimiser les processus : éviter la frustration des clients/patients grâce à une communication transparente, des délais d’attente réalistes et des procédures claires.
- La résilience: veiller à ce que les fonctionnaires reçoivent une formation visant à accroître leur résilience. Cela peut les aider à mieux gérer les situations agressives ;
- Des protocoles stricts et sécurisation: mettre en œuvre des protocoles stricts et déployer des services de sécurité dans les situations à risque ;
- Enregistrement : chaque autorité publique doit disposer d’un système accessible pour enregistrer les incidents. Veillez à ce qu’une plainte soit toujours déposée auprès de la police après un incident. Cela aide non seulement à la poursuite des auteurs, mais envoie également un signal clair que la violence n’est pas tolérée. En outre, les victimes doivent pouvoir compter sur un accompagnement lors du dépôt de plainte et tout au long de la procédure judiciaire.
- Des poursuites: empêcher que les affaires ne soient systématiquement classées sans suite, de sorte que le sentiment d'impunité disparaisse.
- Un soutien et suivi: offrir un soutien direct et un suivi aux fonctionnaires qui ont été victimes d'agressions ou de violences. Cela peut se faire par le biais d'équipes d'accueil et de consultance ;
- Des campagnes de sensibilisation: organiser des campagnes pour sensibiliser le public à la violence inacceptable à l'encontre des fonctionnaires et à ses conséquences.
Travailler ensemble
Il est urgent de continuer à rejeter la violence tout en investissant dans le rétablissement des normes et des valeurs qui guident notre coexistence. Ce n'est qu'en travaillant ensemble et en réinvestissant dans le respect et la compréhension que nous pourrons endiguer cette tendance inquiétante.
« Quand la maltraitance envers les soignants est devenue commune »
En juin, deux membres du personnel de l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles ont été poignardés par un patient. L'agresseur a été placé sous mandat d'arrêt pour tentative de meurtre. À Gand, le mois dernier, un travailleur social du CPAS, a été tué lors d’une visite à domicile après avoir reçu plusieurs coups de couteau. Le résident suspect a été rapidement interpellé. Le SLFP alerte depuis longtemps sur la hausse des violences contre le personnel des services publics. La réaction du monde politique, des ministres et des autorités compétentes est jugée plutôt décevante.
Salomé, une jeune infirmière travaillant depuis six ans à l’hôpital Saint-Pierre : un an aux soins intensifs, puis depuis cinq ans au service des urgences. Elle explique que la reprise après l’attaque n’était pas évidente : au début, il y avait une vraie peur et un sentiment d’insécurité. Le personnel évitait d’être seul. Salomé n’était pas présente le jour du drame, mais depuis l’incident, l’équipe se montre plus vigilante encore, alors que les agressions verbales et physiques ne sont pas rares.
De plus en plus de menaces contre le personnel pénitentiaire en dehors des murs – un danger qui va trop loin
Le travail du personnel pénitentiaire ne s’arrête pas lorsque la porte de la prison se referme derrière eux. Nous recevons de plus en plus de signaux préoccupants indiquant que les menaces et intimidations se déplacent de l’intérieur de la prison vers la vie privée de nos collègues.
Là où autrefois les murs de la prison offraient une protection contre ce type de dangers, nous constatons aujourd’hui que les membres du personnel et leurs familles deviennent la cible dans leur propre rue, sur les réseaux sociaux ou par le biais de messages anonymes. Une lettre de menace glissée sous l’essuie-glace. Un appel téléphonique intimidant un samedi soir. Une photo qui circule dans un groupe WhatsApp. Il ne s’agit pas seulement de l’agent lui-même – cela touche aussi son ou sa partenaire, ses enfants, ses voisins et ses amis.
"Qui pense à ma sécurité ?"
Ces dernières années, les accompagnateurs de train sont de plus en plus souvent victimes de violences. Pas moins de six membres du personnel de la SNCB en moyenne y sont confrontés chaque jour. Et il ne s'agit là que des chiffres officiels, car en réalité ils sont bien plus élevés, tous les incidents n'étant pas signalés. Dans la moitié des cas, il s'agit de personnes dépourvues de tickets de train qui se livrent à des actes de violence lors des contrôles, entraînant souvent des blessures graves pour le personnel. Il s'agit apparemment d'un phénomène quotidien pour les chefs de train. Ce que vous lirez ci-dessous est souvent choquant. Les auteurs ne sont pas assez poursuivis et l'impunité pèse très lourdement sur les accompagnateurs de train. On se demande si la SNCB peut tolérer de telles situations un jour de plus. L'histoire de l’accompagnateur de train Jonathan Raes est carrément hallucinante et nous la rapportons ci-dessous sous une forme non altérée, directe et claire.
Lisez l'interview dans l'édition de mars de notre magazine Argument.
« Quand cela va-t-il enfin s’arrêter ? »
Le métier de gardien de prison n’est plus sans danger. Ce témoignage (anonyme), que nous publions ici dans son intégralité, en est une preuve supplémentaire. La voiture d’un agent pénitentiaire a été incendiée juste devant son domicile. À cause de l’intensité des flammes, lui et sa famille ont dû fuir leur maison par la fenêtre donnant sur la rue.
Une fois encore, la question se pose : « Que fait le gouvernement face à ces situations inacceptables ? Pourquoi les gardiens de prison ne sont-ils pas mieux protégés ? Et traque-t-on réellement les auteurs ? » Des questions suffisamment graves pour mériter des réponses.
Lisez le témoignage anonyme dans le magazine Argument de juin
Si vous êtes victime de violence :
- Parlez-en : discutez de l’incident avec vos collègues, votre supérieur ou votre délégué syndical.
- Enregistrez-le : complétez le registre des faits de tiers, même si l’incident semble mineur.
- Cherchez de l’aide : vous avez droit à un accompagnement psychologique, pris en charge par votre employeur.
- Connaissez vos droits : vous pouvez toujours contacter anonymement la personne de confiance et le conseiller en prévention aspects psychosociaux.
En tant que délégué au CCB :
- Demandez les chiffres : combien d’incidents ? Quelles sont les tendances ?
- Vérifiez le registre des faits : est-il à jour et connu de tous les membres du personnel ?
- Demandez une analyse des risques
- Contrôlez la prise en charge : l’accompagnement psychologique est-il bien organisé ?
- Exigez une politique de bien-être psychosocial : y’a-t-il des formations prévues, des protocoles clairs ?
- Assurez le suivi : que deviennent les signalements ? Quels enseignements l’organisation en tire-t-elle ?
Vous avez des questions sur la violence au travail ou vous êtes vous-même confronté à une situation d’agression ? Contactez votre délégué SLFP ou les collaborateurs de votre groupe professionnel du SLFP. Vous n’êtes pas seul.