Il est temps d’investir dans nos capacités d’intervention !
Les feux de forêt sont imprévisibles et peuvent rapidement se transformer en une menace grave. Pourtant, les avertissements concernant un tel scénario dans notre pays étaient déjà nombreux. Aujourd’hui, nous constatons à quel point ce danger est réel.
Les avertissements étaient déjà là
Des investissements urgents sont nécessaires dans la lutte contre les incendies, les systèmes d’alerte, la prévention et la recherche scientifique. Telle était l’une des principales conclusions d’un rapport publié par le CERAC en février 2025. Le Centre belge des risques climatiques avait alors souligné que le risque d’incendies de forêt en Belgique augmenterait au cours des 15 à 20 prochaines années, mais que notre pays n’était pas suffisamment préparé à relever ce défi.
Depuis lors, de nouvelles initiatives ont été prises. L’université de Gand (UGent) et l’université de Liège (Uliège) ont fondé le Belgian Wildfire Network, un réseau qui rassemble la science, l’expertise opérationnelle et les responsables politiques afin de mieux préparer la Belgique aux feux de forêt, dans toutes les régions. Les différents cabinets chargés des questions climatiques ont reçu en mars un rapport de ce réseau dans lequel des experts mettent en garde contre les feux de forêt dans notre pays.
Les responsables politiques se bousculent désormais pour remercier et féliciter les secouristes. À juste titre. Les pompiers, les agents de la protection civile, les policiers et tous ceux qui interviennent aujourd’hui sur le terrain déploient des efforts considérables pour empêcher que les incendies ne se propagent davantage. La solidarité entre les services et les citoyens est également réconfortante. Mais ne faisons surtout pas comme si la solidarité suffisait à elle seule.
Les applaudissements ne suffisent pas
Les pompiers accomplissent leur mission au péril de leur vie. Ils sont conscients des risques, mais doivent en même temps pouvoir compter sur la mise à disposition des moyens nécessaires pour effectuer leur travail en toute sécurité et avec efficacité.
Cela signifie : suffisamment de personnel, suffisamment de matériel et suffisamment de capacités spécialisées. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas affirmer que ces garanties sont en place.
La réalité est qu’aujourd’hui, les secouristes mènent une course contre la montre avec les moyens dont ils disposent. Et ces moyens ne sont pas illimités.
Solidarité internationale
L'incendie des Hautes Fagnes montre à quel point la lutte contre un grand feu de forêt peut être difficile et complexe. Le feu s'est propagé sur une zone vaste et difficile d'accès et a nécessité l'intervention de secouristes et de moyens spécialisés provenant de différents pays. Les Pays-Bas ont envoyé deux hélicoptères Chinook pour prêter main-forte aux services de secours belges. D'autres pays européens ont également apporté leur soutien.
Les pompiers ont travaillé en ‘shift’ de 8 heures pour lutter contre les incendies dans les Hautes Fagnes. C’est un travail pénible et épuisant, dans des conditions extrêmes, qui met en danger leur vie et leur santé. Deux pompiers victimes d’une intoxication par la fumée ont entre-temps été hospitalisés.
Leur courage et leur dévouement sont incontestables. Il appartient aux responsables politiques de veiller à ce qu’ils disposent du personnel et des moyens nécessaires pour accomplir leur mission en toute sécurité et avec efficacité.
La crise du coronavirus a également montré de manière cruelle à quelle vitesse nos capacités d’intervention atteignent leurs limites lorsqu’une crise de grande ampleur survient.
La structure complexe de notre pays, avec ses différents niveaux de compétence et ses différents gouvernements, ne facilite pas une coordination rapide et efficace.
Le mécanisme européen de protection civile a été activé. D’autres pays viennent à notre secours : les Pays-Bas ont été parmi les premiers à intervenir avec des hélicoptères Chinook. Dans le même temps, nos avions bombardiers d’eau belges interviennent sur des feux de forêt en Turquie.
C’est cela aussi, la solidarité, et elle est absolument indispensable.
Mais la question qui s’impose aujourd’hui est simple : dans quelle mesure sommes-nous réellement préparés à un grand feu de forêt en Belgique ?
La prévention ne doit pas se limiter à une simple réaction
« Nous savons depuis longtemps que la fréquence de tels phénomènes augmente et que les risques s’aggravent. Il est donc regrettable de constater qu’à chaque fois, on attend que l’ampleur d’un incident soit énorme avant de prendre des mesures réalistes et supplémentaires. La prévention ne doit pas se résumer à une réaction face à une catastrophe qui s’est déjà produite. Nous devons anticiper et investir avant qu’il ne soit trop tard », plaide Peter Vandenberk, président des Zones de Secours du SLFP.
Les avertissements existent depuis des années. Le CERAC affirme également aujourd’hui que les feux de forêt sont de plus en plus fréquents en Belgique et que les conditions seront plus propices à des incendies plus intenses dans les années à venir.
La solidarité est précieuse. Mais des investissements structurels sont nécessaires.
Le SLFP demande depuis longtemps d’investir dans les services publics au lieu de continuer à faire des économies.
Les services publics sont des services essentiels qui assurent le bon fonctionnement de notre pays.