Dans la nuit du lundi 12 au mardi 13 octobre, un policier a perdu la vie à Bruxelles. Une vie humaine fauchée alors que la victime exerçait son métier, avec pour mission de veiller à notre sécurité. La semaine dernière, cinquante policiers ont été blessés lors d’émeutes survenues en marge de manifestations. Ce sont des faits qui doivent profondément nous toucher, mais surtout nous amener à réfléchir. Car les violences à l’encontre des policiers et des autres intervenants des services de secours ne constituent depuis longtemps plus une série d’incidents isolés. Il s’agit d’un problème de société qui exige une réponse de plus en plus urgente.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Chaque année, environ 8 000 faits de violence à l’encontre de la police sont recensés dans notre pays, soit une moyenne de 22 faits par jour. Menaces, rébellion armée ou non armée, coups et blessures volontaires et, dans les cas les plus graves, homicides. Derrière chaque chiffre se cache un être humain. Un policier qui, après une intervention, peut rester marqué non seulement par des blessures physiques, mais aussi par des séquelles psychologiques. Un conjoint qui éprouve de l’angoisse lorsque l’être aimé part en service. Des enfants qui se demandent si maman ou papa rentrera sain et sauf le soir.
La violence gagne en intensité
Cette violence semble en outre devenir de plus en plus audacieuse. Et les policiers ne sont pas les seuls à y être confrontés. Les pompiers, les ambulanciers et les autres professionnels des soins médicaux sont eux aussi exposés, dans le cadre de leur travail, à l’agressivité, aux menaces et aux violences physiques. Des personnes qui interviennent pour sauver des vies, éteindre des incendies ou porter secours à ceux qui sont en détresse doivent parfois commencer par assurer leur propre sécurité. C’est le monde à l’envers.
Bien entendu, chacun a le droit de manifester, d’exprimer ses critiques et de ne pas être d’accord avec la politique menée ou les actions des autorités. Ce droit est l’une des pierres angulaires de notre démocratie. Mais il s’arrête là où commence la violence. Une manifestation peut être bruyante, les émotions peuvent être vives et les frustrations peuvent s’exprimer. Cependant, aucune conviction, aucune colère ni aucun mécontentement ne justifie que l’on s’en prenne à des personnes qui font leur travail. Celui qui commet des violences lors d’une manifestation ne défend pas la démocratie : il la fragilise.
C’est pourquoi les déclarations de condamnation après chaque incident ne suffisent plus. Les violences à l’encontre de la police et des intervenants des services de secours doivent systématiquement faire l’objet de poursuites et de sanctions. Quiconque s’en prend délibérément à un policier, à un pompier ou à un ambulancier doit comprendre que la société n’accepte pas ce comportement. Cela nécessite une législation claire, son application ferme et des moyens suffisants pour la police et la justice. Dans le même temps, nous devons continuer à investir dans la formation, la prévention, la désescalade et l’accompagnement des victimes. Une approche ferme et un exercice professionnel et proportionné de l’autorité ne sont pas incompatibles ; ils se renforcent mutuellement.
Un manque de respect
Mais la responsabilité ne repose pas uniquement sur la justice et les autorités. En tant que société, nous devons également nous interroger sur le message que nous transmettons. Lorsque l’agressivité est minimisée, que la violence est justifiée ou que des intervenants des services de secours sont menacés et humiliés sans que les faits soient connus, nous repoussons les limites de ce qui est acceptable. Le respect envers ces professionnels ne doit pas seulement se manifester lorsque nous avons nous-mêmes besoin de leur aide. Il commence par la reconnaissance du fait qu’ils sont, eux aussi, des êtres humains, avec des droits, des sentiments et une famille.
Le port d’un uniforme ne rend personne invulnérable. Un gyrophare ne protège pas contre une agressivité aveugle. Et aucun intervenant des services de secours ne devrait jamais avoir le sentiment de devoir craindre pour sa vie dans l’exercice de ses fonctions. La violence, sous quelque forme que ce soit, ne fait pas « partie du métier ».
La mort d’un policier à Bruxelles ne peut pas devenir un énième fait d’actualité qui disparaît de notre mémoire après quelques jours. Elle doit nous servir de signal d’alarme. Non pas pour dresser des groupes de personnes les uns contre les autres, mais pour fixer une limite claire : les violences à l’encontre de ceux qui protègent notre société sont inacceptables, et leurs auteurs doivent systématiquement recevoir une sanction appropriée.
Celui qui s’en prend à nos intervenants des services de secours ne s’attaque pas seulement à une personne. Il porte également atteinte à la sécurité, à la solidarité et à la confiance sur lesquelles repose notre société. Nous ne devons jamais finir par considérer cela comme normal.
Par Patrick Roijens, Président général du SLFP (Syndicat libre de la Fonction publique), texte original en néerlandais pour TV Limburg.